Cette grande figure des arts visuels et contemporains, laisse des empreintes dans l’esprit de plusieurs artistes.
Cette grande figure des arts visuels et contemporains, laisse des empreintes dans l’esprit de plusieurs artistes.
Cette grande figure des arts visuels et contemporains, laisse des empreintes dans l’esprit de plusieurs artistes.
Par Marielle Ongono
Koyo Kouoh avait fait de la transmission un combat. Commissaire d’exposition de premier plan, elle s’est imposée comme l’une des voix les plus influentes de la scène artistique contemporaine. Décédée dans la nuit du 9 au 10 mai 2025 à Bâle, à la veille de son entrée en fonction à la tête de la Biennale de Venise, elle laisse derrière elle une œuvre intellectuelle et institutionnelle majeure. Née le 24 décembre 1967 à Douala, Marie-Noëlle Koyo Kouoh grandit entre le Cameroun et la Suisse, où elle rejoint sa famille à Zurich à l’adolescence. D’abord orientée vers des études de commerce et de banque, elle opère plus tard un virage décisif vers les arts et le management culturel. Entre la Suisse et la France, elle forge une pensée critique nourrie par les questions de représentation, qu’elle conceptualise sous le terme de « géographies noires ».
Sa carrière débute loin des musées, au consulat des États-Unis. Mais très vite, Koyo Kouoh s’impose comme une intellectuelle engagée, attentive aux déséquilibres du récit artistique mondial. En 2010, elle retourne en Afrique et fonde à Dakar Raw Material Company, un espace de réflexion, de formation et de production qui devient un laboratoire incontournable pour la pensée critique africaine. En 2019, elle prend la direction du Zeitz MOCAA au Cap, en Afrique du Sud, l’un des plus importants musées du continent. Dans un contexte délicat, elle redonne souffle et crédibilité à l’institution, tout en renforçant la visibilité des artistes africains sur la scène internationale. Parallèlement, elle développe RAW Academy, un programme dédié à la formation et à l’accompagnement des acteurs culturels. Sa consécration intervient en 2024, lorsqu’elle est nommée commissaire de la Biennale de Venise, devenant ainsi la première femme issue du continent africain à occuper cette fonction. Elle devait dévoiler le thème de l’édition 2026, intitulé In Minor Keys, le 20 mai 2025. Un projet maintenu à titre posthume par son équipe.
Panafricaniste assumée, Koyo Kouoh portait une vision exigeante, débarrassée de tout exotisme, de l’art africain. Elle militait pour une reconnaissance pleine et entière des artistes du continent, non comme figures périphériques, mais comme acteurs centraux de la création mondiale. Éditrice, critique d’art, curatrice et pédagogue, elle a collaboré avec de nombreuses institutions internationales, laissant une empreinte durable. Sa disparition crée un vide immense dans un monde de l’art encore traversé par des inégalités de représentation.