La pose de la première pierre, ce 25 juin 2026 dans l’arrondissement de Yaoundé 7, lance le chantier du nouveau réseau hydraulique.
Par Michel Enony
C’est un chantier attendu par les 3,5 millions d’habitants du grand Yaoundé. Le ministre de l’Eau et de l’énergie (Minee), maître d’ouvrage, Gaston Eloundou Essomba, a officiellement lancé, ce jeudi 25 juin 2026, le projet de reconfiguration du réseau d’alimentation en eau potable de Yaoundé. Sur l’esplanade de la mairie de Yaoundé 7, dans le quartier de Minkoameyos, il a procédé à la pose symbolique de la première pierre de ce chantier.
La ville produit aujourd’hui largement assez d’eau grâce au Projet d’alimentation en eau potable de Yaoundé et ses environs à partir du fleuve Sanaga (Paepys), inauguré en août 2024, qui a porté la capacité de production à plus de 400 000 m³ par jour. Pourtant, les robinets restent souvent secs ou ne délivrent qu’un filet d’eau dans de nombreux quartiers. La raison tient au réseau de distribution hérité de la période coloniale et des premiers aménagements des années 1970, composé de canalisations en fonte grise et en amiante-ciment, rongées par la corrosion et les pressions excessives.
À ce jour, le rendement moyen du réseau plafonne à 52 %, contre un standard acceptable de 70 % pour un service public moderne. Cela signifie que près d’un mètre cube d’eau sur deux pompés est perdu en fuite avant d’atteindre les consommateurs, soit un manque à gagner annuel estimé à plusieurs milliards Fcfa pour la Cameroon Water Utilities (Camwater). L’ouvrage hydraulique va « permettre une meilleure circulation de l’eau dans le réseau, une amélioration significative des pressions, une optimisation des équilibres hydrauliques ainsi qu’une réduction progressive des pertes techniques », a précisé Blaise Moussa, directeur général de la Camwater.
Pour pallier cette gabegie technique, le projet de reconfiguration ne se contente pas de remplacer les tuyaux vétustes ; il réinvente l’architecture hydraulique de la ville. « Il vise à adapter les infrastructures de distribution aux nouvelles réalités hydrauliques », a vanté le Dg de la Camwater.
Ce programme, dont le coût global s’élève à 137 milliards Fcfa, est financé à hauteur de 30 % par le budget de l’État camerounais et à 70 % par un pool de banques européennes, comprenant la banque néerlandaise ING, la banque belge Belfius et l’allemande Deutsche Bank, sous garantie de leurs agences de crédit à l’exportation respectives. Le marché de conception-réalisation a été attribué à un groupement d’entreprises belgo-italien, mené par les sociétés Denys et Cfe, assistées de l’italienne Trevi pour les aspects géotechniques.
Concrètement, il prévoit le renouvellement et la pose de 500 kilomètres de nouvelles canalisations en fonte ductile et en polyéthylène haute densité (Pehd), plus résistantes et adaptées aux fortes pressions. Le système, actuellement centralisé autour de la station de Mbalmayo, sera divisé en trois zones de distribution indépendantes (basse, moyenne et haute pression) afin d’équilibrer les débits et de réduire les risques de rupture de conduites. Trois nouveaux réservoirs de stockage d’une capacité totale de 45 000 m³ seront construits, dont un à Minkoameyos même de 3 750 m3, pour réguler la pression et assurer un débit minimal de 1,5 bar en tout point du réseau, y compris en périphérie.
Lors de son discours, le ministre Eloundou Essomba a insisté sur la dimension structurante de cette infrastructure, qui s’inscrit dans le volet « eau »de la Stratégie nationale de développement (Snd30) et du Programme d’urgence multisectoriel pour l’industrialisation du Cameroun. Elle incarne la volonté d’amélioration durable des conditions de vie des populations.
Les habitants de Minkoameyos, témoins de cette cérémonie, espèrent que le chantier tiendra ses promesses et que la ville aux sept collines aura enfin un approvisionnement digne.
Réactions
Gaston Eloundou Essomba, Minee
Notre pays poursuit un vaste programme de construction
Le gouvernement a choisi d’agir avec méthode, audace et ambition, car il ne s’agit pas d’un projet qui permettra de colmater les brèches, mais plutôt de remodeler profondément l’horizon actuel dans son entièreté. C’est un projet d’une ampleur technique exceptionnelle et l’un des plus succulents du secteur de l’eau au Cameroun. À travers la mise en œuvre de ce projet d’améliorer l’équilibre hydraulique global du système, d’accroître la capacité de production, d’améliorer la qualité du service, ceci pour que le cordonnier ne soit pas mal chaussé lui-même. Comme vous pouvez le constater, le secteur de l’eau est un domaine sensuel qui retient l’attention toute particulière du chef de l’État. L’événement qui nous rassemble aujourd’hui marque non seulement l’entrée de notre cadre politique dans une nouvelle phase de son développement, il brûlait, mais aussi et surtout la volonté constante du chef de l’État d’apporter des réponses structurelles, des réponses ambitieuses et durables aux défis liés à l’accès à l’eau potable. Les travaux qui débutent aujourd’hui s’inscrivent donc dans une vision beaucoup plus large de transformation du secteur de l’eau au Cameroun. Notre pays poursuit un vaste programme de construction.
Blaise Moussa, Dg Camwater
Un investissement dans la dignité humaine
Dans une métropole en pleine expansion, comme nous l’avons vu, la disponibilité durable d’une eau potable de qualité constitue également un facteur essentiel de l’activité économique, de compétitivité territoriale et du développement durable. C’est pourquoi le projet que nous avons relancé aujourd’hui dépasse largement le cadre d’un investissement de terrain. Il s’agit d’un investissement stratégique dans la santé publique, dans la dignité humaine et dans l’avenir même de notre capitale.
Elvire Fleur Evouna, 2e adjoint au maire Yaoundé 7
Cela apporte la réponse à nos attentes
Abritant la station d’eau potable de la Mefou depuis 2014, l’arrondissement de Yaoundé 7 a longtemps connu la frustration de ne pas bénéficier d’un approvisionnement optimal en eau potable. La théorie classique du cordonnier mal chaussé, tout cela prend fin aujourd’hui avec cette cérémonie qui nous donne l’assurance que la reconfiguration du réseau d’eau potable de la ville de Yaoundé permettra une couverture plus satisfaisante. Cela apporte la réponse à nos attentes et c’est surtout la promesse tenue du gouvernement. Toutes les populations de la ville de Yaoundé en général et de celles de Yaoundé 7 en particulier se sentent davantage concernées, car la commune a mis généreusement à la disposition de Camwater un site d’une superficie de 5 000 m² pour la construction de cet ouvrage hydraulique.