mutations digitale Cobac-cdec – chronique dun interminable bras de fer

La Caisse des dépôts et consignations du Cameroun accuse ouvertement le gendarme bancaire d’entraver le transfert des avoirs en déshérence, relançant une querelle aux enjeux financiers majeurs pour le pays.

La Caisse des dépôts et consignations du Cameroun accuse ouvertement le gendarme bancaire d’entraver le transfert des avoirs en déshérence, relançant une querelle aux enjeux financiers majeurs pour le pays.

Par Jean De Dieu Bidias

Le conflit entre la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac) et la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (Cdec) franchit un nouveau palier. Après plusieurs mois de tensions autour du transfert des avoirs en déshérence détenus par les banques, l’établissement public camerounais a choisi de sortir de sa réserve. Dans une correspondance particulièrement virulente adressée au secrétaire général de la Cobac, Richard Evina Obam, directeur général de la Cdec, accuse le régulateur communautaire de mener une offensive contre une prérogative relevant, selon lui, de la souveraineté des États. La controverse porte sur les comptes bancaires inactifs, les consignations judiciaires et diverses ressources dormantes que la législation camerounaise attribue à la Cdec. Ces fonds, évalués à plusieurs centaines de milliards de Fcfa selon la Cdec, constituent un enjeu stratégique pour une institution appelée à devenir un levier de financement des politiques publiques. Mais, depuis juillet 2024, la Cobac a demandé aux établissements de crédit de suspendre les transferts envisagés, invoquant des préoccupations liées à la stabilité du système bancaire régional.

Intervenant lors de la Finance Week 2026 à Yaoundé, Richard Evina Obam avait déjà donné le ton en dénonçant une situation qu’il juge « anormale », rappelant que « le service public des dépôts et consignations est national partout, sauf en zone Cemac ». Une position qu’il développe davantage dans sa lettre datée du 15 juin dernier. Le dirigeant de la Cdec y affirme que « le service public de dépôts et consignations ne fait pas partie des matières transférées à la Cemac dans le cadre de sa compétence d’attribution et reste une activité souveraine régie par les dispositions pertinentes de l’ordre juridique interne ». Il reproche à la Cobac et à la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) d’avoir engagé un processus visant à placer les Caisses des dépôts sous tutelle communautaire en s’appuyant sur des textes qu’il juge juridiquement contestables. Richard Evina Obam évoque même un « processus fumeux » ayant conduit à l’adoption de règlements communautaires qu’il considère comme un « passage en force ». Selon lui, les transferts de compétences au profit de la Communauté ne peuvent s’opérer qu’au moyen des actes fondateurs de la Cemac et non par de simples règlements. Il rappelle d’ailleurs qu’un recours en annulation a été introduit devant la Cour de justice communautaire de N’Djaména, au Tchad.

C’est surtout le ton employé qui marque une rupture. Dans cette correspondance, le directeur général de la Cdec accuse certains responsables communautaires d’agir sous l’influence de « lobbies corporatistes » hostiles au modèle des caisses de dépôts. Il dénonce « une connexion suspecte » entre certains officiels camerounais et ces groupes d’intérêts, estimant que leurs actions contribuent à « décrédibiliser les instances communautaires auprès des États membres et de leurs opinions publiques ». Plus loin, Richard Evina Obam affirme qu’il est « curieux qu’un établissement public conçu par un État pour être un instrument de souveraineté économique et un outil alternatif de financement des politiques publiques devienne, sous la pression de lobbies corporatistes et avec la complicité de quelques officiels compromis, un objet de répression pour les instances communautaires ». Il s’agit là d’une charge rare contre les institutions de régulation de la sous-région. Face à ces accusations, la Cobac maintient que sa préoccupation essentielle demeure la préservation de la stabilité financière régionale. Le Cameroun concentre à lui seul près de la moitié des dépôts bancaires de la Cemac, évalués à environ 6892 milliards Fcfa. Dès lors, redoute le gendarme bancaire, un transfert massif de ressources hors du système bancaire pourrait avoir des répercussions sur la liquidité des établissements de crédit et, à terme, sur l’équilibre financier de la sous-région.

Cette argumentation ne convainc guère la Cdec. Son directeur général estime au contraire que la Cobac outrepasse ses prérogatives. « La Cobac a des missions bien précises qui n’ont rien à voir avec les dépôts réglementés et les consignations de nature administrative, judiciaire et conventionnelle », écrit-il. Il va jusqu’à affirmer que l’énergie déployée pour contrer le modèle des Caisses de dépôts « aurait servi à préserver le système bancaire de la sous-région des vraies menaces systémiques auxquelles il est exposé ». La sortie au vitriol de Richard Evina Obama fait suite à un projet de règlement de la Cobac qui classe les consignations parmi les opérations de banque.

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