Le gouvernement annonce la mise sur pied d’une brigade anti-fraude après la découverte de 3000 cas de fraude en trois semaines dans les seules villes de Yaoundé et Douala.
Le gouvernement annonce la mise sur pied d’une brigade anti-fraude après la découverte de 3000 cas de fraude en trois semaines dans les seules villes de Yaoundé et Douala.
Par Michel Ferdinand
La seule volonté affichée du gouvernement camerounais, suite à la reprise en main du secteur de l’électricité à travers la nationalisation de la société Energy of Cameroon (Eneo), consécutive au rachat des 51% des parts du capital du fonds britannique Actis, ne suffit pas pour, entre autres, augmenter les revenus, réduire les charges, rétablir l’équilibre financier et améliorer durablement la qualité du service public de l’électricité avec la création, le 4 mai 2026, de la Société camerounaise d’électricité (Socadel), désormais chargée d’assurer la production, le transport, la distribution et l’exportation de l’énergie électrique. Dans le cadre de la mise en œuvre d’un Plan de restructuration 2026-2028 dédié, assorti des actions prioritaires dès les 100 premiers à compter de la prise de fonction du nouveau top management de la Socadel, le gouvernement entend résoudre une équation récurrente : la fraude sur le réseau électrique. Les premières actions menées jusque-là, à vocation pédagogique et de sensibilisation, n’ont pas transformé les vieilles habitudes. Au contraire, elles ont de plus en plus la peau dure. Il y a donc lieu de passer à une étape supérieure. C’est le message qu’a passé le gouvernement lors de la conférence de presse conjointe ministre de la Communication (Mincom) – ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), organisée le 18 juin 2026 à Yaoundé.
Une communication importante qui intervient au moment où, des descentes sur le terrain ont permis de détecter 3000 cas de fraude en l’espace de trois semaines, uniquement dans les villes de Yaoundé et Douala. S’agissant spécifiquement de la fraude électrique, le ministre de la Communication (Mincom) et porte-parole du gouvernement, René Emmanuel Sadi, a reconnu que son « impact négatif sur les recettes de l’entreprise [Socadel] s’avère fortement préjudiciable à ses impératifs de performance économique et financière. Il s’agira également d’y faire face en recherchant avec détermination et persévérance les voies et moyens les plus appropriés. Dans cette perspective, il y a lieu de se féliciter d’ores et déjà des premières actions de la nouvelle équipe dirigeante de la Socadel sur le terrain, qui semblent porteuses d’espoir pour relever les défis qui lui ont été fixés par le gouvernement ».
La lutte engagée est d’autant plus irréversible qu’avec Eneo, l’ancien concessionnaire, cette fraude occasionnait déjà chaque année plus de 60 milliards Fcfa de manque à gagner pour l’État et l’opérateur. Une hémorragie financière qui limitait la capacité d’investissement dans les réseaux de transport et de distribution, ainsi que dans l’amélioration de la qualité du service. Le phénomène comportant également une dimension sécuritaire, avec des cas récurrents d’incendies et d’électrocutions liés aux branchements illégaux.
Par ailleurs, Eneo collectait mensuellement environ 31 milliards Fcfa pour des charges estimées à 44 milliards, soit un gap évalué à 13 milliards Fcfa. Ce qui ne lui permettait pas d’honorer ses engagements vis-à-vis des producteurs indépendants (NHPC, DPDC, KPDC) et d’autres opérateurs du secteur tels que la Sonatrel, EDC et la Sonara. A cela se greffait le service de la dette bancaire. « La conséquence est que tous les acteurs du secteur qui sont censés être opérationnels sur le terrain éprouvent des difficultés à investir dans leurs différents segments du fait du non-paiement de leurs revenus par l’ex-Eneo. C’est pour cette raison que l’on observe des réseaux qui ne sont plus entretenus, des transformateurs surchargés qui ne sont pas remplacés et la maintenance des réseaux de transport qui devient difficile, faute de ressources », explique le ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Gaston Eloundou Essomba.
Par ailleurs, Eneo collectait mensuellement environ 31 milliards Fcfa pour des charges estimées à 44 milliards, soit un gap évalué à 13 milliards Fcfa. Ce qui ne lui permettait pas d’honorer ses engagements vis-à-vis des producteurs indépendants (NHPC, DPDC, KPDC) et d’autres opérateurs du secteur tels que la Sonatrel, EDC et la Sonara. A cela se greffait le service de la dette bancaire. « La conséquence est que tous les acteurs du secteur qui sont censés être opérationnels sur le terrain éprouvent des difficultés à investir dans leurs différents segments du fait du non-paiement de leurs revenus par l’ex-Eneo. C’est pour cette raison que l’on observe des réseaux qui ne sont plus entretenus, des transformateurs surchargés qui ne sont pas remplacés et la maintenance des réseaux de transport qui devient difficile, faute de ressources », explique le ministre de l’Eau et de l’Énergie (Minee), Gaston Eloundou Essomba.
Comportements civiques
La Socadel a hérité de ce fardeau. Il faut donc changer de paradigme pour parvenir à l’équilibre financier du secteur et à l’amélioration de la qualité du service. Pour ce faire, le principe adopté par le gouvernement est simple et désormais connu de tous : l’électricité consommée doit être payée. « Face à ce constat alarmant, le recouvrement des recettes à travers la traque des fraudeurs devient un axe majeur de redressement du secteur…Il y a lieu de souligner avec force que les opérations vont désormais s’intensifier et se durcir dans les prochains jours », insiste Gaston Eloundou Essomba. Puisqu’ « il est désormais impératif que chaque usager se mette en conformité afin de soutenir activement la viabilité et l’amélioration de l’ensemble du secteur énergétique. Je voudrais donc profiter de cette tribune pour lancer un appel solennel aux professionnels des médias que vous êtes, pour relayer cette campagne de sensibilisation auprès des populations, les informer sur les dangers des branchements anarchiques et les encourager à adopter des comportements civiques ».
La fermeté du Minee transparaît de son propos de circonstance. « Il s’agira pour la Socadel au cours de ces 100 premiers jours, de mener une lutte acharnée contre la fraude, à travers l’intensification des opérations coup de poing dans tous les quartiers de jour comme de nuit pour traquer les fraudeurs ». Parce que, « pour garantir aux consommateurs le service électrique fiable et stable qu’ils réclament légitimement, l’entreprise doit pouvoir réaliser d’importants investissements techniques. Or, la fourniture d’une énergie de qualité a un prix, et l’entreprise ne peut investir massivement que si elle parvient à collecter le maximum de ses revenus ».
Ce n’est pas tout. « Le gouvernement quant à lui, accompagnera cette dynamique avec la mise en place d’une Brigade nationale de lutte contre la fraude dont la mission sera de traquer les fraudeurs jusqu’à leurs derniers retranchements. Dans le même ordre d’idée, le gouvernement à travers le régulateur a mis sur pied un programme d’accès temporaire à l’électricité. Ce mécanisme offre des facilités de raccordements aux ménages à faibles revenus dans les zones urbaines, péri-urbaines et rurales », précise le Minee. Les fraudeurs n’ont qu’à bien se tenir.
Quid des autres acteurs ?

Si dans le plan de restructuration en cours d’implémentation, le gouvernement pense que « la lutte contre la fraude s’impose comme une niche incontournable pour recouvrer ces capitaux perdus », comme l’a déclaré le Minee, il n’ignore pas que d’autres facteurs privent également la Socadel de ressources financières qui se traduisent par la dégradation de la qualité du service. Le maître-mot étant « tout le monde devra payer sa facture d’électricité », Gaston Eloundou Essomba martèle que : « cette exigence cardinale concerne tous les usagers du service public de l’électricité : les établissements publics, les Collectivités territoriales décentralisées, les entreprises publiques et privées, les opérateurs économiques, les ménages, les petits consommateurs comme les grands consommateurs ».
Ainsi, situe-t-il, « au niveau du gouvernement, des mesures sont d’ores et déjà en train d’être prises avec le ministère des Finances pour le traitement en priorité des factures d’électricité des entités publiques au même titre que les salaires ; cela permettra d’éviter au maximum l’accumulation des impayés de ces entités ». Parallèlement, poursuit-il, « l’autre action à mener est le refinancement de la dette financière de la société qui permettra au secteur de l’électricité d’alléger ses charges financières mensuelles et de libérer des liquidités pour d’autres besoins, comme des investissements dans le réseau ou les opérations courantes, réduisant ainsi la pression sur la trésorerie ».
Dans le registre des mesures envisagées, « il est question pour la Socadel de mener des actions en vue de l’élargissement de sa base clientèle à travers le raccordement de nouveaux clients industriels et des ménages », lorsqu’on imagine que « l’accroissement de la demande industrielle constitue une réelle opportunité pour élargir la base clientèle et pour augmenter les revenus de l’entreprise ». Le Minee renseigne que « c’est dans cette perspective que des travaux de construction des ouvrages de transport et de distribution, sont actuellement en cours de finalisation, pour capter une demande industrielle d’environ 150 MW avec un gain direct, dans les grands centres de consommation de la zone industrielle de Douala ».
L’autre action et non des moindres, énumère-t-il, est l’amélioration de la qualité du service public d’électricité à travers notamment l’intensification des programmes de remplacement des supports bois en support bétons, la modernisation du réseau de distribution via le Smart Grid pour la réduction des temps d’intervention, l’amélioration du service client, l’élagage systématique des corridors des réseaux d’ossature et le remplacement des transformateurs MT/BT surchargés.
